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07/10/2017

Quand les crédits à la consommation viennent maquiller la paupérisation

Lorsque l'on évoque les années 90-2000, il y a toujours cette image d’Épinal qui nous trotte dans l'esprit, celle d'une société en forte croissance et où l'emploi était abondant. Une société qui sortait progressivement de la morosité des années 80 avec le fameux tournant de la rigueur de l'époque Fabius/Mitterrand. Le développement des industries de la communication, de la haute technologie et la financiarisation de l'économie mondiale ont permis une explosion de la demande dans tous les secteurs. La France a pleinement profité de ce « nouvel-âge d'or » et a permis au peuple français d'accéder à un train de vie de très haut niveau. Cette époque où la France avait encore une industrie florissante, un rayonnement géopolitique d'équilibre et une équipe de football championne du monde. À cette époque, les Français avaient non seulement du travail, mais ils avaient surtout une visibilité éclaircie sur l'avenir de la société. La réussite sociale était visible par des éléments de jouissance tangibles (voiture haut de gamme, accès à la propriété, équipement dernier cri, voyages de rêve etc...), il n'était pas concevable que tout s'arrête brutalement.

 

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La crise économique de 2008 a mis fin au rêve

L'écroulement de la Bourse suite à la crise des subprimes aux États-Unis a déclenché une réaction en chaîne dans le monde entier. À partir de ce moment, l'Europe est entrée dans un cycle inédit de licenciements en analogie avec les années 29-30. Du jour au lendemain, des salariés (techniciens ou cadres) se sont retrouvés au chômage et sans compter les innombrables commerçants et artisans forcés de mettre la clé sous la porte. Et c'est là tout le drame du chômage : il a des conséquences directes sur tous les pans de l'économie, mais c'est l'économie locale qui s'en trouve impactée en premier lieu. Des personnes avec un train de vie élevé se sont rapidement retrouvées terrassées, fauchées et plus le temps passait, plus le sentiment de déclassement se faisait sentir. Pour des individus fortement attachés à la réussite sociale (et aux avantages qui en découlent), le rebond était une obligation inconditionnelle. Malheureusement, et comme c'est toujours le cas lors d'une crise économique, beaucoup n'ont pas eu d'autres choix que d'accepter des emplois payés au SMIC ou avec des salaires bien moindres que ceux qu'ils touchaient quelques mois auparavant. Il y a ceux qui acceptent leur sort et se serrent la ceinture (pas ou peu sensibles au "qu'en-dira-t-on") et les autres, soucieux de leur image et refusant de laisser transparaître le moindre signe de fragilité ou de pauvreté.

 

Maintenir artificiellement son train de vie par les crédits

En France particulièrement, un statut social élevé permet de se sentir surclassé, au dessus de la mêlée, de faire naître l'envie, l'admiration et le respect chez autrui. Si la réussite sociale se juge par les biens acquis, alors comment faire croire à son entourage plus ou moins proche que tout va bien sur le plan financier alors que le pays traverse une crise sans précédent ? C'est là tout le rôle des maisons de crédit : aider à posséder. Toute personne avec un emploi en CDI et un taux d'endettement dans les limites autorisées sont en mesure d'emprunter 10.000€, 30.000€ voire 75.000€ dans certains cas. Avec de tels montants, il est possible de continuer à « flamber » en société. L'endettement est alors utilisé non pas comme un levier sain dans le cadre d'un projet viable (comme cela aurait pu l'être quelques années avant), mais comme un moyen de maquiller la paupérisation en cours. Le problème, c'est qu'un crédit engage sur plusieurs années et sans une amélioration notable du paysage économique, ce coup cosmétique n'aura eu de « l'effet » que dans un laps de temps très court. Les échéances d'un crédit à la consommation peuvent être très difficiles à assumer sur le long terme et quand le point de rupture est atteint, les conséquences sont doublement désastreuses : pour l'individu et sa famille proche, puis pour l'image de lui-même qu'il s'est forcé à entretenir. Apôtre de la surconsommation, la maison de crédit est un faux-ami par excellence.

 

Surendettement, saisies, honte et solitude

Plus un crédit est long à rembourser et plus le taux d'intérêt est élevé, impliquant de fait des mensualités écrasantes. Ce que certains emprunteurs irresponsables oublient, c'est que des événements de la vie peuvent mettre à mal le rythme de remboursement (divorce, décès, nouveau licenciement, sinistre domestique...) et faire basculer toute cette mise en scène. Là intervient alors le moment de vérité, ce moment où plus aucune triche ni mensonge n'est possible. Lorsqu'une personne ne peut plus rembourser ses emprunts, les maisons de crédit usent de tous les recours autorisés par la loi pour récupérer leurs créances. D'abord, ils émettent des courriers de mise en demeure pour rappeler à l'emprunteur son engagement. En cas de non remboursement, ils inscrivent la personne au Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, ce que l'on appelle plus communément « être fiché à la Banque de France ». À partir de ce moment, il est alors impossible de contracter un prêt où que ce soit et la personne n'a plus d'autre choix que de déposer un dossier à la commission de surendettement afin de trouver une solution avec les créanciers. Si elle possède encore des biens pouvant couvrir une partie de ses dettes, le juge va alors émettre un titre exécutoire de saisie. Il décidera ensuite, à la lecture des recommandations de la commission, d'un effacement des dettes restantes (cas extrême) ou d'un rééchelonnement des mensualités.

Arrivent ensuite les moments de forts regrets et de honte. Une telle déchéance n'est jamais facile à vivre, encore moins lorsque l'on doit supporter le regard des gens et de les imaginer en train de se dire « On sait ce que tu as fais. Regarde-toi maintenant».

 

Jean de La Fontaine avait vu juste, sa fable n'a jamais été aussi actuelle qu'aujourd'hui.

 

Sur le même sujet : "Comment je suis sortie de ma situation de surendettement"

 

Crédit photo : Pixabay.com - Image libre de droits